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La ménagerie de Papier de Ken Liu

Cette 68ème séance du club de lecture Lillois était placé sous le signe de l’Imaginaire avec la lecture commune du recueil La Ménagerie de Papier de l’auteur américain Ken Liu aux éditions du Bélial.

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Proposé la semaine précédente par Nicolas qui mettait en avant les qualités humaines du recueil et passant plus ou moins sournoisement au second plan ses caractéristiques science-fictif et/ou fantastiques, La Ménagerie de Papier présentait un format peu familier pour beaucoup des membres du club : celui de la nouvelle.

Premier à se prononcer, Oscar pointait immédiatement du doigt la faiblesse de la nouvelle d’ouverture Renaissance. Une chose reprise par plusieurs autres membres telles qu’Hélène ou Anne-Cécile, jugeant cette histoire de science-fiction justement trop science-fictive avec des éléments qui ne suscitaient pas forcément leur adhésion. La présence d’extra-terrestres et de vaisseaux spatiaux, des artifices de SF plutôt traditionnels provoquant un détachement et nuisant finalement aux éventuels sous-textes de l’auteur.
Oscar faisait pourtant remarquer à l’étonnement général, qu’il avait adoré le recueil dans sa globalité. Grâce à l’originalité des thèmes traités et surtout leur multiplicité, Ken Liu emportait l’adhésion de nombreuses personnes présentes, d’autant plus convaincues par l’habilité de l’auteur capable de jongler entre des thèmes dramatiques et d’autres plus loufoques ou comiques notamment dans Le Golem au GMS, retenu également par Hélène qui l’a trouvé « décalée » par rapport au reste des récits de l’ouvrage.

Les quelques nouvelles partageant le même univers, science-fictif au demeurant, ont assez divisé. Comme on l’a dit, le côté parfois trop axé SF en a rebuté quelques-uns tandis que d’autres ont apprécié les développements réalistes envisagés par l’auteur à l’encontre de l’espèce humaine. Ce fut notamment le cas d’Oscar mais aussi d’Eric, plus familier des récits de science-fiction.

Parmi les nouvelles les plus remarquées, citons d’emblée la nouvelle éponyme La Ménagerie de Papier, qui semble avoir fait l’unanimité parmi les lecteurs. Adorable pour Hélène, originale et touchante pour Anne-France, même Sara, pourtant peu tendre par la suite avec l’auteur, a semblé satisfaite de ce récit plein d’origamis.

Autre histoire remarquée, Le Livre chez diverses espècesKen Liu imagine le stockage de la connaissance chez diverses races extra-terrestres. Une façon de réfléchir sur le moyen de conserver le savoir pour Oscar mais aussi une influence Borgesienne qui a ravi tout autant Eric.

Pourtant, tous n’ont pas été charmé par Ken Liu. À commencer par Anne-Cécile, qui n’a pas apprécié le recueil qu’elle a trouvé sans intérêt et auquel elle n’a simplement pas adhéré. Comme Hélène, elle pointe les côtés science-fictifs (trop) prononcés, la SF étant un environnement difficile qui enlève la beauté de certains éléments du récit selon elles.
Un point très intriguant pour Nicolas qui y voit une vision assez réductrice des lecteurs finalement incapables de passer outre les formes pour disséquer le message caché et les métaphores représentées par la science-fiction chez Ken Liu.
D’autant que d’autres lecteurs, tel qu’Eric, ont particulièrement goûté ce versant SF et la sélection des nouvelles dont la première fait en quelque sorte écho à la dernière. Eric s’avance même jusqu’à dire que la partie science-fictif du recueil, et donc la dernière partie de l’ouvrage, était la plus convaincante de toute.

L’un des gros points forts du recueil restait pour beaucoup sa capacité à changer de registres et à trimballer son lecteur à travers différents univers. Si quelques lecteurs restent hermétiques au format de la nouvelle car jugé indigeste par Sara par exemple, d’autres apprécient la variété offerte par la forme courte.
Sara n’a d’ailleurs, comme Anne-Cécile, pas goûté l’ouvrage. Non seulement le format lui a semblé poussif mais elle a également qualifié Ken Liu d’imposteur… rappelant heureusement qu’elle émet rarement d’avis extrêmes (ou du moins pas sorti du monde du polar-thriller). Son principal grief ? Le manque d’originalité qu’elle a ressenti à la lecture de cette ribambelle d’histoires dont les thèmes lui ont semblé déjà vus et revus ailleurs… cela en avouant ne pas connaître vraiment le milieu de la science-fiction. Ken Liu lui a semblé avoir repris des idées un peu partout en tentant de les faire passer pour originales.
Nicolas n’a pas pu s’empêcher de faire remarquer que le traitement importe autant que l’originalité de l’idée fondatrice. Et que d’autres romans, comme La Servante Ecarlate présentée (et adorée) par la même Sara la semaine précédente, n’avait pas le monopole de la dystopie féministe.

À l’opposé, Mathilde a grandement apprécié le recueil et notamment la nouvelle L’Oracle. Un recueil bien écrit et humain pour elle. Un côté humain d’ailleurs largement plébiscité par les lecteurs autour de la table notamment par Hélène.
Anne-France mettait aussi en avant la réflexion sur le transhumanisme, sujet passionnant largement traité en science-fiction et d’une brûlante actualité. C’est la pertinence de certains sujets qui a convaincu nombre des participants, comme dans Les Algorithmes de l’Amour et Faits pour être ensemble. Ken Liu arrive à faire facilement comprendre des concepts relativement délicats et/ou complexes en traitant des sujets d’actualité et des technologies récentes.

Reste qu’en conclusion de cette séance, Marion, l’éminente dirigeante du club de lecture qui n’avait pas lu le livre (mais l’avait heureusement acheté) faisait remarquer un débat peu passionné, justifié par certains par la propension intimiste des écrits de Ken Liu et donc peut-être peu propice aux débordements qu’ont pu susciter d’autres séances autour des Furies de Boras (qui sert toujours de cale pour la bibliothèque d’Oscar) ou de Sans Nouvelles de Gurb (qualifié de livre de merde par Nicolas lors d’une montée d’adrénaline).

Pour conclure, Nicolas a rappelé la dimension profondément humaine de Ken Liu, sa propension à jongler entre les genres et a réfléchir sur l’altérité, la transmission entre les générations et la question de l’identité (notamment chinoise). Ceux qui auront aimé ce premier recueil de l’auteur furent ravis d’apprendre qu’une autre novella, L’Homme qui mit fin à l’Histoire, était disponible au Bélial dans la collection Une Heure-Lumière et de la parution en 2018 de la traduction française du premier roman fantasy de l’auteur, The Grace of Kings, porté par une critique dithyrambique Outre-Atlantique.

Enfin, les plus curieux se tourneront vers le court-métrage de David Gaddie, Beautiful Dreamer, pour se délecter de l’adaptation d’une novelette encore non traduite, Memories of My Mother, et qui synthétise toute l’humanité de son auteur.

N.B : Devant témoins (Morgane et Nicolas), Oscar aurait même avoué que La Ménagerie de Papier pourrait bien intégrer son top de l’année 2017. Un gage de qualité indéniable et quasiment surnaturel.

Compte-rendu par Nicolas

 

Si vous souhaitez avoir d’autres avis sur le livre La ménagerie de papier de Ken Liu :

Chronique de l’ouvrage par Nicolas : ICI.

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